Camisole
Par underground le vendredi, septembre 14 2007, 14:24 - Créer c'est résister, résister, c'est créer - Lien permanent

« Lettre à celui qui voudrait remettre les bénéficiaires du RMI au travail... » (extrait)
Je crois qu’on se pose encore et toujours la mauvaise question.
On se demande : « comment sortir les gens du RMI ? » alors qu’il faudrait se demander : « pourquoi ces gens sont-ils au RMI ? »
Mais cette question là, personne ne se la pose (à part dans certains cercles de réflexion qui ne semblent pas avoir l’oreille des politiques et des médias).
Et si on ne se la pose pas, c’est parce
que les réponses feraient apparaître que le modèle social actuel n’est
tout simplement pas adapté à tous les individus qui composent la
société. Ce n’est certes pas nouveau. Mais c’est flagrant. Est-ce si
difficile à concevoir ?
Est-ce si difficile de concevoir que le monde du travail salarié,
de la consommation etc.. suppose un certain type d’individu, qui tient
le coup, qui a les forces pour s’y réaliser, tandis qu’il ne s’accorde
pas aux spécificités d’individus border-line ou illettrés par exemple ?
Et pourquoi donc voudriez-vous que ces personnes en difficulté accèdent et réussissent soudainement dans des activités dont personne ne veut (le bâtiment par exemple, les travaux publics, la restauration) ?
Je crois que les politiques et une grande partie de l’opinion publique se voilent la face concernant l’étendue des dégâts inhérents aux modalités de la vie sociale contemporaine dans ce pays. Ce n’est pas propre à la France, certes, c’est probablement pire en Angleterre.
Or se voiler la face, faire l’autruche, oublier, c’est exactement ce qui est requis pour s’insérer socialement.
J’exagère à peine.
Même si je ne suis pas d’accord avec toutes leurs conclusions,
lisez tout de même le dernier livre de Charles Melman (un
psychanalyste), L’Homme sans gravité, (Gallimard) ou encore le
désormais classique de Alain Ehrenberg, La Fatigue d’être soi, (Odile
Jacob).
Ce qui se révèle avec l’expansion de la pauvreté dans ce pays, ce n’est pas que la propension à la paresse s’accroisse, c’est plutôt l’incapacité de la société à faire une place à celui qui n’est pas en mesure de s’inscrire dans le modèle qu’elle promeut. Après des décennies de discours apitoyés sur l’exclusion, au cours desquels l’opinion publique, dans sa majorité, avait appris à tolérer les personnes en situation d’échec social, considérant que personne n’était à l’abri d’un tel destin, voilà qu’on assiste aujourd’hui au retour du bâton, un bâton aveugle, qui frappe sans distinction. Le bâton plutôt que la parole et l’écoute : faut-il qu’on ait peur d’écouter ce que l’autre aurait à nous dire ? faut-il qu’on le souhaite et qu’on le désire ce bâton pour ne pas entendre ce qu’on devine malgré tout ?
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